Hervé et Mélanie Potez sont les propriétaires d’un Allures 45 baptisé Myriades. Depuis 2018, ils naviguent ensemble, « 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 », à la découverte de nouvelles destinations. Le couple nous a raconté deux étapes marquantes de leur voyage à la voile : la Patagonie et l’Alaska.

Un projet, un voilier
« Nous avons décidé de partir en grande croisière sur une durée de 3 ans. À l’origine, nous voulions naviguer jusqu’au Cap Horn, puis rejoindre la Nouvelle-Calédonie, en passant par les canaux de Patagonie et la Polynésie, destinations que je rêvais de découvrir depuis toujours » commence Hervé.
« Nous voulions un voilier simple, en aluminium. L’Allures 45 nous faisait de l’œil… alors, avant de l’acheter, nous l’avons loué pour l’essayer, nous mettre en situation, être certains qu’il nous conviendrait bien. »
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Convaincus, Mélanie et Hervé ont lancé, en 2015, la construction de leur bateau : « Nous avons fait quelques modifications, notamment sur le tableau arrière (plage arrière rallongée), les ouvertures de coffre (plus accessibles) et la cabine avant (un lit classique triangulaire). Si bien qu’aujourd’hui, Myriades est le seul Allures 45 exactement comme ça ! » sourient-ils.

Pendant trois étés, les navigateurs préparent leur départ – d’abord dans les environs de Cherbourg après le neuvage du voilier, puis en Méditerranée… Le temps de compléter leur formation, clôturer les obligations professionnelles et prendre en main le bateau de manière optimale.
De la Méditerranée à l’hémisphère sud
« Nous sommes au milieu de l’été 2018. Nous avions prévu de naviguer en 6 mois jusqu’en Patagonie. Mais ce n’était pas vraiment raisonnable… Alors, nous avons décidé de faire quelques étapes avant : aux Baléares, à Gibraltar et au Maroc, où nous avons connu notre premier dépaysement. Puis nous avons rejoint les Canaries, le Cap-Vert et l’archipel brésilien Fernando de Noronha. Nous avons passé trois mois au Brésil : l’arrivée dans la baie de Rio de Janeiro, en particulier, a été un moment très fort ! »
Pour cette première traversée de l’Atlantique, deux équipiers ont rejoint les propriétaires entre le Cap-Vert et le Brésil.

La découverte de la Patagonie
« Après avoir laissé Myriades à Piriapolis, en Uruguay, pour les 3 mois d’hiver, nous avons fini les derniers préparatifs à Mar del Plata, en Argentine. Puis, nous avons enchaîné les petites navigations de deux à trois jours, en direction du Grand Sud. Nous avons rencontré plusieurs belles dépressions et vécu nos premiers « 50 nœuds » en faisant route vers Ushuaïa. Jusqu’à 40, ça va, mais au-delà, on est vraiment dans quelque chose qui n’est pas agréable. Le bruit, le vent, c’est autre chose à 50. Quand, en plus, ça nous tombe dessus en pleine nuit… ! »
La destination dont ils avaient tant rêvé s’est révélée plus qu’à la hauteur de leurs attentes : « L’ambiance, les lumières et les couleurs, l’espace et l’immensité valent vraiment le coup. Dans les canaux de Patagonie, nous avons aimé les nombreuses caletas à découvrir chaque jour et les glaciers majestueux, qui plongeaient devant nous, directement dans l’eau. Nous avons passé beaucoup de temps dans le sud, où il y avait des possibilités de treks extraordinaires, notamment autour de l’Isla Gordon » raconte Mélanie.
Dans ces lieux isolés, ils n’ont pas regretté d’avoir réalisé un très bon avitaillement – en carburant, en nourriture, en gaz… puisque les escales « en ville » avaient lieu une fois par mois. « Embarquer des pièces de rechange est aussi important ! » souligne Hervé.

Du sud au nord de la Patagonie durant l’été austral 2019-2020, l’équipage de Myriades a évolué la plupart du temps au moteur : « Nous avions le vent et le courant contre nous, 80 % du temps. Pour profiter des canaux à la voile, il faudrait naviguer dans l’autre sens et visiter la Patagonie du nord au sud ». L’équipage de Myriades, qui avait embarqué un total de 750 litres de carburant – 550 litres dans les réservoirs et 200 litres dans des bidons sur le pont, n’a pas rencontré de problème particulier.
Sur leur voilier en aluminium de 14 mètres de long, Mélanie et Hervé sont équipés d’une ancre Spade de 35 kg avec 90 m de chaîne Ø 10 mm et de 4 x 110 m d’aussières : « C’était l’idéal pour ancrer à l’abri du vent, très près des côtes. Souvent, en Patagonie, le rayon d’évitage était très faible et nous devions porter des amarres à terre, nous rapprochant souvent à 3 mètres des rochers ». Dans cette zone de navigation où il y a beaucoup d’algues, les navigateurs ont aussi beaucoup utilisé les pagaies de leur annexe, et une serpe permettant de libérer l’ancre des algues. Ils recommandent un équipage de 4 personnes, par sécurité et pour faciliter les manœuvres.
« En Patagonie, nous avons beaucoup préparé nos navigations. Chaque destination quotidienne comportait son plan A et son plan B. La cartographie dans la zone est hasardeuse : plusieurs fois, nous avons dû étudier les images satellite pour compléter nos approches » précise Hervé.
Pour les navigations en Alaska, la navigation peut facilement se faire en duo, les mouillages sont beaucoup plus aisés. Pour naviguer confortablement dans le brouillard, un radar et un AIS en émission-réception sont quasi obligatoires.
En plus de leur Iridium GO, à l’époque, ils étaient équipés d’un GPS Garmin inReach à emporter avec eux en cas d’abandon du bateau. Cet équipement les accompagnait aussi lorsqu’ils descendaient à terre, pour pouvoir contacter les secours en cas de besoin.

Route vers l’Alaska
Après les canaux de Patagonie, le couple a mis cap, comme prévu, sur la Polynésie. La première transpacifique a duré 35 jours, jusqu’à l’archipel des Gambiers.
« En voyage en voilier, il arrive souvent qu’on modifie nos plans : on rencontre des équipages qui nous recommandent d’aller découvrir des lieux d’escales qui les ont marqués et, parfois, on choisit un itinéraire permettant d’éviter les complexités administratives. C’est comme ça qu’après deux saisons en Polynésie, nous nous sommes retrouvés à faire route vers l’Alaska ! » raconte Mélanie.
En mai 2023, l’équipage quitte le territoire polynésien par les Marquises, pour faire escale à Hawaï après 13 jours de mer. Puis il traverse le Pacifique Nord et atteint King Cove, au sud-ouest de l’Alaska, au bout de 15 jours.
« Une dizaine de voiliers par an seulement font escale à cet endroit, au bout de la péninsule Alaska. Nous étions les premiers de l’année ! Nous voulions arriver le plus tôt possible dans la saison pour, ensuite, visiter tout le golfe d’Alaska ».
En Alaska, Myriades mouillait généralement dans 20 à 25 mètres de profondeur d’eau. Le ravitaillement, lui, se faisait facilement car il y a de nombreux ports de pêche.
Depuis King Cove jusqu’à Ketchikan – sur l’île Revillagigedo, dans le sud-est de l’Alaska – les navigateurs ont profité de nombreuses escales. Par exemple, à Captain Harbor – dans la baie de Belkofski, sur l’île de Popov, à Kenai, à Kodiak, dans la baie du Prince-William, à Cordova ou à Sitka.
Ils ont beaucoup apprécié les lieux d’escales, les sources d’eaux chaudes, la pêche au saumon mais aussi la richesse historique et culturelle du territoire.
Parmi les moments les plus marquants de leurs navigations dans cette partie du globe, il y a les rencontres avec les ours, et surtout avec la faune marine et les baleines : « Nous avons adoré cette nature animalière, brute, sauvage, loin des hommes… et les rencontres magnifiques que nous avons faites en Alaska » confient-ils.
Navigations dans les eaux froides : questions pratiques
Les aménagements et équipements du bateau
Pour la vie à bord de Myriades, le chauffage se fait grâce à un Webasto (chauffage gasoil, soufflerie à air chaud), qui a été complété par l’ajout d’un aérotherme sur le circuit de refroidissement du moteur. Ceci permet de récupérer la chaleur du moteur et de déshumidifier le bateau dans les climats froids. Un petit chauffage à air pulsé est ajouté, lorsque nécessaire, dans les rares cas où le bateau est à quai. Les propriétaires ont aussi complété l’isolation réalisée par le chantier Allures par la pose d’un revêtement isolant sur les planchers et par celle d’un double vitrage en film étirable sur les hublots et panneaux.
Pour les quarts de jour et de nuit, Hervé et Mélanie ont aménagé un poste de barre fermé, dans lequel rester à l’abri du vent et de la pluie. Ils se sont aussi équipés de vêtements adaptés (système 3 couches, comme en montagne).
Enfin, avec une température comprise entre 3 et 9°C dans les fonds du bateau en Patagonie et en Alaska, les espaces étaient utilisés pour stocker la nourriture. Les vêtements et les livres étaient tous stockés en poches étanches, pour ne pas être endommagés par l’humidité ambiante.
En savoir plus sur la préparation de Myriades.
La production d’eau à bord
Équipés d’un dessalinisateur, Hervé et Mélanie l’utilisent généralement pour la production d’eau potable à bord. « Autour d’Ushuaïa et au-delà, surtout près des glaciers, l’eau était trop douce et trop froide : entre 4 et 10°C. Nous avons donc évité d’utiliser notre équipement pour ne pas l’endommager. Nous l’avons remis en route dans le golfe de Penas, au Chili. Dans les canaux de Patagonie, nous n’avons jamais eu de problème d’avitaillement en eau : il pleuvait beaucoup, et notre « bâche à pluie » a souvent récupéré plusieurs dizaines de litres d’une eau parfaitement pure ».
Mélanie et Hervé interviennent lors de nos séminaires grande croisière, inscrivez-vous pour les rencontrer.